De bon matin

Je lui mettrai en témoignage :

« Une légèreté dans les relances et un brin d’audace finissent de me convaincre de me rendre à ce rendez-vous matinal.

Un café en terrasse, le temps d’une discussion qui met à l’aise. Un blanc, on se regarde, il me lance : “on fait quoi ?”. Je réponds naturellement : “je te suis”.

ll m’avait prévenue : quand on a envie, c’est fluide. Même si c’est encore un peu incongru pour moi, de me faire délicieusement déshabiller à 10h30  par un presqu’inconnu, c’est en effet fluide.

Il fait chaud, de plus en plus chaud. Je me sens bien. Je rentre en métro. je fais 8 stations avant de m’apercevoir que je suis repartie dans le mauvais sens… »

J’avais été sacrément chiante avec lui par messages. J’avais envie d’être crue, d’être drôle, d’être parcimonieusement énervante. En face il restait à l’écoute, attentif, bienveillant… Ce n’est bien sûr pas “tout ce que je déteste”, loin s’en faut. En ce moment et dans ce contexte, j’ai envie de répondant, de vivacité d’esprit, de taquinerie. Je veux savoir que je serai à l’aise avec la personne et que l’on pourra se sortir de situations diverses par le rire. J’ai bien failli abandonner l’idée d’un rendez-vous en raison de ce “surplus de politesse”. Et puis, j’ai relu les messages d’une traite et je me suis dit que j’étais dure, que la discussion s’enchaînait correctement.

Je ne lui avais pas rendu mes photos accessibles et il a su en faire un atout en me disant qu’il serait prêt à me rencontrer sans les voir. Mon profil et notre discussion étaient suffisamment intéressants pour qu’il ait envie de me rencontrer. Cette audace et flatterie m’ont plu.. Maintenant, c’est moi qui avais envie de me montrer.

Par la suite, il a su me relancer régulièrement et légèrement. J’avais mon vendredi matin disponible, lui aussi. Il m’a contactée au bon moment et de la bonne façon. 

Il me donne rendez-vous dans un café à 10h, juste à quelques pas d’un hôtel réservable à l’heure. Il semble avoir l’habitude. Ce n’est pas en contradiction avec les dizaines de témoignages élogieux publiés sur son profil. J’ai découvert ces témoignages après avoir accepté l’idée d’un rendez-vous. J’apprécie l’idée de ne pas avoir été influencée par d’autres pour choisir cette rencontre. Je me dis à la fois que cela est plutôt encourageant et à la fois que cela correspond bien à l’image du libertin poli et aguerri qui m’irrite légèrement.

Je me rends à ce rdv avec un enthousiasme modéré et une forte curiosité sur le contexte de cette rencontre. Pour qu’il me reconnaisse, je lui donne le simple indice que je suis habillée de façon colorée. Un pantalon rouge, un haut blanc satinée légèrement transparent, une veste fleurie cousue maison et mes baskets. Ce matin-là, je m’y sens bien, dans mes baskets. Je n’ai pas trop de doutes sur le fait que je vais lui plaire dans ma simplicité. S’il est prêt à rencontrer sans voir les photos, c’est sûrement aussi qu’il n’est pas si exigeant. C’est mon point de vue.

Je l’aperçois de loin, assis en terrasse. Il ressemble à ses photos. Je marche en ligne droite, sans hésiter. Il n’aura pas à me chercher. Je l’ai trouvé trop rapidement et assurément pour qu’il puisse avoir un doute.

On se fait la bise et je pense au fait que je ne sais pas encore comment va tourner cette rencontre. Je n’ai ni une forte attirance physique, ni partagé des échanges qui me fassent vibrer et me titillent jusqu’à ressentir la pulsion de le sentir en moi. Mais sur le papier, il a tout bon.

On explique ce qui nous pousse à rechercher ce type de rencontres atypiques. Il est amoureux, il a un enfant, une femme au courant et qui a des pratiques similaires sans qu’il n’ait envie d’en savoir plus. C’est un échange matinal assez naturel et facile.

Quand il me demande : “on fait quoi ?”, je réponds : “je te suis”. Je n’hésite pas. Je suis là, il est là. Je suis curieuse. Il y a un soleil encourageant. Je n’ai rien d’autre à faire. Je suis bien avec lui.

On marche l’un à côté de l’autre sans se toucher. On entre dans l’hôtel. Il faut choisir une chambre. Je prends la première qui me tombe sous la main. Le décor ne m’intéresse pas. Je trouve même cela gênant de devoir choisir un « thème ». L’hôtesse d’accueil nous demande combien de temps on va rester. Il répond « une heure, on verra après ». Elle insiste : « il faut me dire maintenant ou alors venir me voir au bout d’une heure ». Je nous imagine sortir nus et transpirants pour lui demander  « vous pourrez nous remettre une petite heure s’il vous plaît ! »

La chambre est sombre. Dès que l’on entre dedans, on se fait face et l’on s’embrasse. Un baiser prévu mais qui reste spontané et facile à mettre en route. Un baiser agréable. Les mains glissent sous les vêtements qu’elles choisissent de retirer au gré de leur cheminement. Son corps est frêle, ses caresses sont assurées. Je prends un temps certain à défaire les lacets de mes baskets. Je fais toujours des doubles nœuds comme une gamine… Il note ce détail tandis que je remarque qu’il enlève ses chaussures en toile d’un seul petit mouvement. Je me demande s’il a pensé à ça en les enfilant avant de partir de chez lui.

Progressivement, on finit par se retrouver nus. On s’allonge sur le lit. Il descend vers mon bas-ventre, me caresse à cet endroit, y passe sa langue. Je commence à respirer plus fort. On bouge naturellement pour enchaîner différentes positions. Du missionnaire à l’amazone, en passant par des phases où l’on se caresse simplement l’un et l’autre. J’oriente les positions, sans m’en rendre particulièrement compte. Il fait très chaud dans cette chambre sans fenêtre. Je suis sur le ventre, il fait flâner ses mains de mes pieds jusqu’à mon cou. Elles glissent facilement avec la transpiration qui recouvre nos corps. Un moment calme et délicieux, une pause complice. On se demande : « de quoi as-tu envie ? », on se répond : « je ne sais pas, je me laisse guider par notre envie ». 

Je me retourne. Je suis surprise de découvrir mon reflet dans un miroir au plafond. Je préfère refermer mes paupières. Alors que je me retrouve à quatre pattes, et lui derrière moi, son excitation monte, ses mouvements et leur intensité s’accentuent. Je sens ses gestes résonner en moi. Dans son élan, il me claque, presque timidement, les fesses. Cela me rappelle que l’on ne se connait pas, que l’on ne sait pas qui est l’autre, ce que l’autre aime et fait. Il continue son mouvement de va et vient en moi. J’adore savoir qu’il va jouir d’un moment à l’autre. Il tremble, frémit, s’arrête. Il a joui.

On s’allonge, toujours entièrement mouillés. Je lui dis « tu sais que je n’ai pas joui ? ». Il le sait. Je m’assois au milieu du lit, sur mes jambes repliées. Il me caresse, puis je décide de me masturber à côté de lui. J’aimerais pouvoir jouir mais aussi, je voudrais lui montrer qu’il n’y est pour rien, si ça ne peut pas venir. Je lui explique que pour le moment, seul mon compagnon sait me faire jouir. Que cela me facilite le fait de lui rester fidèle et attachée. Il m’écoute et ne semble pas déçu, ça me plait.

Il me demande si je veux prendre ma douche en premier. Je le laisse y aller. Je ne sais pas quelle taille fait la douche mais il ne me propose pas de la partager. Il sort, je vais me laver à mon tour. Je ne le verrai pas se rhabiller. A-t-il remis ses chaussures aussi facilement ? Alors que je m’habille à mon tour et devant lui, la chambre sonne pour nous rappeler le temps passé.

On s’embrasse avant de quitter ce lieu sombre et chaud. On sait que ce sera notre baiser d’au revoir. En sortant de l’hôtel, je demande à régler l’heure entamée supplémentaire. Elle nous est offerte. Je demande avec une assurance et une absence de gêne qui me déçoivent, s’il est possible de régler en chèques vacances, pour une éventuelle prochaine visite. Cela l’amuse.

Je ne sais pas si j’aurai envie de le revoir. Tout était bien fait mais son sexe et notre dynamique de baise ressemblaient étrangement à ceux de mon compagnon sans que je ne puisse reconnaître ce corps familier qui me plait tant. Sans que je ne puisse lui dire « c’était mieux qu’hier, moins bien qu’avant-hier, c’est tout le temps bien »… je ne peux pas lire dans son regard tout le plaisir qu’il a d’être avec moi. D’être encore avec moi.

On sort et redécouvre la lumière du jour. Il fait beau. On marche l’un à côté de l’autre sans se toucher. On se regarde. On s’avoue que c’était une chouette matinée. On se quitte pour continuer cette belle journée.

Un commentaire

  1. J’ai lu vos textes avec attention et intérêt. Découvert par hasard, je suis certainement l’une des personnes les mois à l’aise avec la sexualité. Et voilà, bien souvent on voit, on pratique mais finalement on en parle peu. Moi, en tout cas j’en ai trop peu parlé avec mon ex compagne dont la sexualité est une chose importante de sa vie, on ne se trouvait plus malgré l’Amour qui existait. Un jour, nous avions émis l’idée d’avoir une vie libertine. La peur qu’elle me quitte sera devenue réalité. Inscrit sur le même site, je découvre l’expression des désirs même si cela me semble encore un monde inconnu que j’observe non par envie libidineuse mais pour le courage d’être soi, et de ne pas avoir honte de ses fantasmes et envies. Je trouve votre liberté agréable à lire. Merci pour votre style simple d’écriture.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s